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La ville d’El Jadida et sa région ont connu un développement économique remarquable au cours des 25 dernières années. Paradoxalement, ce développement économique a été accompagné d’un déclin catastrophique de la culture et de l’environnement naturel qui, pourtant, étaient la devise de cette région. Il est temps de se pencher sur la préservation du patrimoine naturel et culturel d’El Jadida et de sa région, d’investiguer les causes de ce déclin et de passer à l’action pour faire renaître la culture et l’environnement naturel de ses cendres.
Le patrimoine naturel
La raison d’être de la région d’El Jadida de ses anciennes et nouvelles villes telles que Azemmour, El Jadida et Sidi Bennour et de toutes ses communes est tout simplement les richesses naturelles que compte la région. La plaine des Doukkala, très adaptée à l’exploitation agricole, l’océan Atlantique, favorisant les activité de pêche, production de sel et bien sûr exploitation touristique, et le fleuve Oum Errabii sont tous des acquis naturels sur lesquels les peuples de régions ont su bâtir leur vie pendant des siècles et des siècles.
Le patrimoine culturel
L’histoire de la région qui remonte plus loin que l’époque carthaginoise avec une succession de civilisation et de peuplement : Berbères, Phéniciens, Arabes, Portugais, Espagnoles, Juifs, Français, et bien d’autres, la musique et chants populaire de la région, les festivals traditionnels et les Moussems, l’histoire de héros tels que Moujahid Ayachi, Aicha Condisha sont une illustration de l’identité culturelle de la région, une identité à la fois propre, mais aussi intégrée dans l’identité marocaine.
La région, et surtout la ville d’El Jadida, ont connu un essor culturel pendant la première moitié du 20e siècle, principalement des activités des français résidant à Casablanca et El Jadida. Les années 60 et 70 ont connu le sommet de l’activité culturelle de la deuxième moitié du siècle précédent. Ceci se reflète par le nombre d’associations culturelles à l’époque, les troupes de théâtre, l’activité même du théâtre municipal à l’époque en est une illustration, bon nombre d’artistes et peintres ont grandi pendant cette époque. La maison de la jeunesse était le point focal de ces activités.
Depuis le début des années 1980, la culture a fait défaut dans la région. Il est intéressant de faire le parallèle avec l’état des services dans la région : propreté, marchés publics, transports etc. Ceci est en contradiction avec le boom économique qu’a connu la région au cours des 25 dernières années : industrialisation (port de Jorf Lasfar, industries chimiques, extension des terres irriguées, industries agroalimentaires, etc.) Ce boom a été accompagné par un boom démographique accéléré par une forte migration vers la région. Les politiques des élus locaux et des autorités locales n’ont pas aidé. L’infrastructure culturelle et l’accompagnement des activités culturelles n’ont pas suivi le rythme ou ont tout simplement été absents. La conséquence est dramatique : la région manque de culture, et le patrimoine culturel est en danger. Ce patrimoine culturel regroupe à la fois le patrimoine matériel tel que les monuments historiques (la cité portugaise, la citerne, le Mellah à Azemmour, Kasbah Boulouane, le théâtre municipal, etc.) ; et le patrimoine immatériel tel que la musique et chants populaires, le théâtre, le livre etc.
Peut-on espérer une renaissance du patrimoine naturel et culturel de la région ?
Il est temps de réfléchir à cette question, surtout avec l’état du développement économique de la région et les projets de développement touristique à l’horizon. La région, il faut le reconnaître est une des plus riches au Maroc. Il faut tirer profit de cette richesse pour faire renaître la culture et préserver le patrimoine naturel et culturel. Non seulement cette préservation est nécessaire pour assurer la durabilité de l’identité de la région, mais aussi, elle peut induire des retombées économiques et sociales sur la région. Les projets de développement touristique accompagnés de programmes de préservation et d’exploitation des monuments historiques pourraient générer des emplois et de la richesse dans la région. D’autre part, l’intégration de la préservation du patrimoine naturel dans ces projets pourrait éviter des conséquences graves d’un développement touristique et industriel sauvage sur la nature de la région.
Plan d’action, prochaines étapes ?
A tous les jdidis, faisons du sujet de préservation du patrimoine naturel et culturel de la région un sujet de débat dans la ville et lors des prochaines élections et interpellons les élus et les autorités pour l’inclure dans les programmes de développement de la région. Les associations honnêtes doivent réfléchir à la question, préparer un plan d’action et le rendre public à travers les médias. Il faut travailler fort au cours des prochains mois pour faire entendre sa voix.
Certains vont arguer que parler du patrimoine naturel et culturel dans une époque de crise économique c’est comme parler d’un gâteau à la crème devant un enfant qui a faim en Afrique subsaharienne. Pour répondre à cette objection, je dirais que pour sortir de la crise économique, il ne faut pas s’attaquer aux questions structurelles seulement, il faut aussi chercher des gains marginaux et construire sur les acquis de la région. La préservation et l’exploitation durable du patrimoine naturel et culturel induit des gains marginaux très élevés, en plus on ne commence pas à zéro, on bâtit quelque chose sur des acquis de la région.
Il faut l’avouer, bon nombre de jdidis ou d’amoureux de cette région ne vivent pas dans la région, certains sont à des milliers de kilomètres de la ville d’El Jadida. Pour ceux-ci, vous peuvez vous impliquer dans les associations, en créant des liens de coopération entre la région et les ONG proches de vous, en faisant la collecte de fonds pour ceux qui travaillent sur le terrain, en aidant à faire accepter la cité portugaise comme patrimoine historique de l’humanité par l’UNESCO, etc. Mais pour pouvoir aller en avant, il faut une société civile développée et responsable, et des associations ou organisations sur lesquelles on peut compter.
Si vous pensez pouvoir faire la différence, réagissez à cet article. Si vous êtes élu local, ou pensez vous présenter prochainement, ou vous êtes membre des autorités compétentes, on aimerait entendre ce que vous pensez.
Mohammed 2002/12/22