Partout où l’on passe à El Jadida, on découvre les traces d’une histoire riche et variée dont la cité portugaise, le parc Mohammed V, le phare de Sidi Bouafi, le théâtre municipal , l’ancien «bureau arabe» qui abrite aujourd’hui le Centre régional d’investissement…
Cependant, la place forte de Mazagan (Mazagao ou la cité portugaise), un richissime patrimoine inestimable, est actuellement en danger puisque son état se dégrade de jour en jour.
Abandonnée par les Portugais en 1769, Mazagao , appelée plus tard El Jadida, dispose de tous les atouts qui peuvent enchanter et intéresser le touriste national ou étranger. Outre ses anciennes fortifications qui témoignent de l’art architectural portugais, des marques urbanistiques évidentes révèlent l’importance culturelle et les potentialités touristiques de cette cité qui doit être classée patrimoine de l’humanité et qu’il faut impérativement préserver.
Mazagao , avec ses remparts monumentaux, sa citerne splendide, son tracé urbain du XVIe siècle et sa valeur interculturelle, est un site grandiose et enchanteur qui constitue une mémoire vivante.
Elle est une cité où l’asservissement des esprits ne peut guère trouver refuge puisque trois cultes y cohabitent en parfaite symbiose. Et ce, par la présence de la mosquée, l’église et la synagogue.
Dégradation et indifférence
Mazagao, dont la beauté est particulière est en train d’organiser. Dans ce contexte, M. Alexandre Alves Costa, membre de la faculté d’architecture de l’université de Porto et commissaire scientifique du projet «Mazagan : patrimoine bâti d’origine portugaise» a mentionné ce qui suit : « … Il est en même temps, souhaitable de rendre la dignité à certains édifices et à la cité elle-même en vue de la reconnaissance de sa valeur interculturelle. Et il est indispensable de combattre le risque de destruction et de dégradation de plus en plus fort et irréversible … »
D’un autre côté, des demeures vétustes qui, tiennent sur un fil, sont toujours habitées. Il y a même de vieilles maisons qui ressemblent plutôt à des vestiges où logent plus de dix familles dans chacune d’elles. Ces pauvres citoyens manquent de tous les moyens d’hygiène. Ces logis se trouvent un peu partout dans Mazagao (cité portugaise). Ils peuvent à tout moment s’écrouler et mettre en péril de nombreuses vies humaines.
Ne pense-t-on pas que cette situation si déplorable nécessite dans les brefs délais la mise en place d’une stratégie de restauration et de réhabilitation de ces anciennes maisons pour les sauvegarder ? Faut-il donc attendre une catastrophe pour prendre des décisions fermes ?
Des malfaiteurs et des enfants de la rue se cachent dans certains bâtisses de la cité portugaise (cas de la demeure des prêtres anglais) ? La menace est permanente, et comme a écrit Jean Racine : « La douleur qui se tait n’en est que plus funeste».
Mazagao a subi de nombreuses détériorations. Des détritus sont entassés autour de la porte de la mer et dans les ruines.
Des ruissellements des eaux usées sont flagrants. Par conséquent, les habitants subissent tous les méfaits sans qu’on se soucie de leur sort tandis que les visiteurs sont écœurés par les odeurs répugnantes.
Un atout pour le tourisme
Mais en fait, pourquoi cette cité n’a-t-elle pas été classée patrimoine de l’humanité ? Pourquoi le projet de la mairie de Sintra est-il tombé à l’eau ? Il est donc temps que les responsables pensent sérieusement à hisser cette merveilleuse cité au niveau qui lui sied. Elle n’a que trop souffert de cette négligence.
La préservation, la réhabilitation du patrimoine historique de Mazagao et l’exploitation intelligente de cette cité dans l’industrie touristique passent inéluctablement par la mise en valeur d’une vraie harmonie du cadre de vie au sein de la cité sans aucune «défiguration». Et la promotion de l’économie ne veut pas dire contrecarrer ce qui est naturel et harmonieux pour bâtir le superflu en voulant «séparer» la cité du vieux port portugais.
Mazagao montrera sa richesse et sa diversité à condition qu’on se base sur les axes suivants à savoir une : tradition bien vivante, modernité des équipements, protection de l’environnement, l’assainissement liquide et solide – consolidation de l’activité touristique. C’est tout cela qui construira le développement de la cité dans l’équilibre.
El Jadida peut devenir «La Marbella Marocaine» à condition que les responsables , les élus et la société civile concentrent leurs efforts sur l’élaboration d’un projet qui érige Mazagao au rang de priorité locale.
Abdelmajid NEJDI – LE Matin du 18-07-2003