El Jadida est un point stratégique particulièrement dessiné par son environnement.
A l’ouest, l’Atlantique qui donne à la Deauville marocaine son tempérament. C’est une ville qui est née de la mer et, bien entendu, de son arrière-pays. C’est une cité qui puise sa beauté exquise dans ses potentialités touristiques. Malheureusement, elle a perdu son charme.
El Jadida recèle d’importantes potentialités touristiques. Elle dispose d’un littoral unique en son genre. Elle offre une plage réputée par ses sables dorés et fins mais combien polluée notamment à cause des fosses septiques. Elle attire chaque été des milliers d’estivants dont environ 95 % sont nationaux. El Jadida est célèbre par sa cité portugaise dont la citerne a fasciné plusieurs artistes de renommée mondiale tels que Orson Welles, Francis Ford Copola…
Elle est sublime par son phare Sidi Bouafi bâti en 1916, son cachet architectural, son château rouge et ses espaces verts…
Tous ces atouts ont construit le développement d’El Jadida dans l’équilibre et ont marqué l’originalité de la capitale des Doukkala.
Or, plus rien à El Jadida ne réconforte vu que le déclin, le délabrement semblent être sa destinée. Ainsi, les acquis se détériorent et s’effritent au fil du temps car on a complètement oublié que le développement de Mazagan repose sur trois pivots qui sont intimement liés : l’environnement, l’économie et le tourisme. Et pourtant, on ne cesse de répéter : «On va tout réhabiliter, tout redresser». Mais le laisser-aller est fort criard. Par conséquent, El Jadida vit actuellement dans la déchéance totale à cause de la léthargie et l’inertie.
Prenons par exemple la cité portugaise, véritable chef-d’œuvre architectural. Ses aspects extérieurs et intérieurs étaient harmonieux telle une symphonie. Mais comme la préservation n’est pas monnaie courante chez les responsables de la ville, cette cité, à la riche histoire, se trouve actuellement dans un état déplorable et pitoyable. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil pour s’en rendre compte. Quand aux autres monuments historiques tels que le phare de Sidi Bouafi, l’immeuble Cohen, la citerne portugaise, la mosquée Belhamdounia, l’hôtel Marhaba, ils sont laissés à l’abandon au lieu de les améliorer de jour en jour et de gagner en qualité.
Côté environnement, les immondices caracolent un peu partout et le dépotoir ressemble à un ogre qui dévore tout à cause de son emplacement et de ses odeurs nauséabondes. Quant à la mer, elle connaît une dégradation environnementale, écologique et socio-économique désolante à cause du déversement des collecteurs de la ville en mer des eaux usées et des déchets des usines de la zone industrielle sans aucun traitement.
Côté infrastructures touristiques, la capacité d’accueil d’El Jadida est quasi nulle surtout après la fermeture catastrophique de l’hôtel Marhaba et l’hôtel Doukkala. Pourtant, El Jadida a tout pour devenir l’un des fleurons touristiques du Royaume. Comment peut-on imaginer que ni les gestionnaires de la ville ni les investisseurs ne s’intéressent à cette région et n’encouragent guère les professionnels du tourisme à programmer El Jadida dans les circuits touristiques ? Côté animation, la ville est abandonnée à un sommeil léthargique. Il n’y a plus cet engouement sportif et ces terrains vagues. Pire encore, le seul terrain où les équipes des quartiers et des groupes des estivants se rencontraient pour s’adonner à leur sport favori, est «subtilisé» chaque saison estivale. Ainsi, le stade Lachhab est cédé pour une somme presque dérisoire durant plus d’un mois sous prétexte d’animation commerciale et artistique de la ville. Et ce, malgré tout ce que subit ce stade comme dégâts. En plus de cela, le deuxième lieu de rencontre des baigneurs jdidis et visiteurs, connu sous le nom «El Moune», sera cette année interdit à ces pauvres personnes qui n’ont pas les moyens de passer les vacances ailleurs . Cette jetée, bâtie en 1916 par des prisonniers allemands, a été solidement barricadée.
Faire le va-et-vient
Quant à l’animation culturelle et artistique, personne ne s’en soucie surtout pendant la saison estivale. Ainsi, les habitants jdidis et les estivants sont contraints à faire le va-et-vient le long du boulevard ou siroter un café dans une ambiance morose.
D’autre part, El Jadida avait cette vocation de cité balnéaire vu sa belle plage et ses grands espaces verts tels que le parc Mohammed V, le parc Hassan II et le Jardin Galiennet. Ce sont des domaines qui ont donné à El Jadida dans les années 50, 60 et 70 une excellente réputation étant donné qu’à cette époque on avait la nette conviction que ces espaces verts appelaient un entretien permanent, une intervention constante pour en assurer le bon état, la propreté. C’est vrai que ces derniers jours on est en train de réaménager le Parc Mohammed V et le Jardin Galiennet, mais de quelle manière ? N’a-t-on pas fait ces travaux avec des deniers de l’Etat pour surprendre tout le monde en cédant le pergola du parc Mohammed V à un proche d’un conseiller sans aucun respect de la loi ? Ne soyez pas étonnés si un jour ces espaces verts sont distribués comme avantages pour l’implantation de kiosques, boutiques ou autres. Voilà les vrais maux du secteur touristique à El Jadida.
Nejdi Abdelmajid – Le Matin du 13-06-2003