Entretien avec Baddou Zaki Entraîneur de l’Olympic Club de Safi

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Question: Comment se fait-il que vous avez quitté le WAC, un adversaire certain et farouche de l’OCS, et accepté d’offrir
vos services à l’équipe de Safi ?

Baddou Zaki : Il faut reconnaître que j’ai quitté le WAC pour plusieurs raisons. Il est certes vrai que le travail avec une grande équipe comme le Widad n’est pas aisé, il est vrai aussi que j’aurais bien souhaité continuer avec les joueurs de ce club ; mais les choses n’ont pas bien tourné : le travail semble difficile non pas sur la pelouse, mais avec, malheureusement, les malentendus, la zizanie et les fouteurs de …qui impactent négativement sur le rendement. Mon choix pour l’OCS repose d’abord sur notre engagement, nous les entraîneurs, à travailler avec tout club ayant besoin de nos services, ensuite Safi est un grand club et a d’énormes potentialités en matière footballistique et de grandes ambitions.

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Sur quelles conditions aviez-vous accepté la proposition des dirigeants mesfiouis ?

La règle d’or de ma stratégie, c’est de travailler selon une approche par les objectifs depuis que j’exerce le métier d’entraîneur. C’est un principe pour moi. J’ai été tellement surpris par la proposition des dirigeants de l’OCS qui consiste à remettre l’équipe dans la bonne voie pour ensuite la promouvoir à occuper une place parmi les grands. J’ai dit oui à condition de m’aider à même de monter une équipe, homogène, compétitive, forte. Par conséquent, nous aurons à travailler d’arrache-pied pour que l’année prochaine nous occupions de bonnes places dans la coupe du trône et celle de CAN. Et cela en deux ans, bien entendu.

Le soutien du public ne pourrait-il pas être à l’origine de votre force d’autant plus que vous étiez égal à vous-même quand vous étiez entraîneur de la sélection nationale puis ensuite le WAC a bénéficié de vos services ?

J’ai pu recevoir le message de Safi : tout le monde, ici, souhaite avoir une grande équipe et des résultats positifs. J’ai beaucoup donné au WAC et nos efforts ont bien été payés sauf qu’en raison de mauvaises péripéties, les choses ont mal tourné avec ce club. Il est difficile de continuer dans ces conditions. Pour l’OCS, je pense fermement que les choses seront autrement.

Est-ce que l’OCS saura garantir cette vision pour mener à bien votre projet ?

En effet. Puisque nous communions religieusement dans le même but en nous passant de tout ce qui pourrait compromettre notre processus et le club ne doit rien aux joueurs, ceux-ci participent régulièrement aux séances d’entraînement étant conscients de la mission qui leur revient. La persévérance et la prudence sont les seuls garants de notre entreprise.

Vous avez auguré votre travail par l’appel de joueurs qui occuperont des places essentielles pour pallier aux défaillances dont souffre l’équipe tout en épargnant au club de grandes dépenses. Comment avez-vous réagi envers cette procédure ?

Intelligemment, bien sûr. Les nouvelles recrues dont aucun contrat ne les lie à d’autres clubs : cela nous a effectivement épargné d’être pris dans les étaux de « la vente aux enchères ». Nous avons fait appel à ceux qui ont pris congé de leurs clubs en fin de contrat, tels Amine Lachhab (WAF), Yacine Bayoud (Meknes), Youssef Basri (Moghreb de Fès), Yacine Bissati (HUSA), Badr Kadim (Chabab Al Massira), Hamza Hammoudi (FAR), Yacine Haddou (Nimes) et le Camerounais Inisti Yanga. Ces professionnels nous permettront à ne pas désespérer. Certes, nous n’avons pas de joueurs de grands calibres, mais nous avons une très bonne équipe, pourtant.

Nous sommes persuadé que le public de Safi soupèse la mission de Zaki mais il a confiance en vous. Comment avez-vous ressentis cela lors des matchs amicaux ?

J’apprécie cette modestie des Mesfiouis. Je dois faire un point d’honneur pour être en mesure de cette valeur. Seulement je voudrais que toutes les potentialités de la ville mettent la main à la pâte afin de traduire le projet sur le terrain. J’aimerais que le public qui est désormais le mien soit à mes côtés quoi qu’il arrive pour que les résultats soit de notre côté.

Pourriez-vous nous dire, à l’issue des matchs amicaux, que vous avez une équipe, une vraie équipe ?

L’équipe idéale ne se limite jamais à onze, mais à tous les joueurs du club. Le parcours n’est jamais tout fleurs : il faut s’attendre à tout : les blessures, les cartons jaunes et rouges,… chacun sait qui il est, sait ce qu’il doit faire. On doit bosser, se battre, faire preuve d’assiduité et d’application. Je pense que nous avons déjà les prémices d’une bonne équipe. Nous nous attelons à remédier, chemin faisant, à tout ce qui pourrait nuire à notre objectif sur la pelouse : il faut que tous les éléments soient fin prêts à « fonctionner sans grincement ». Nous n’avons pas le droit à l’erreur bien que l’erreur est humaine.

Les observateurs voient que Abdellah Maddi pourrait prendre la place de l’international Hamd Allah.

Le technicien ne voit pas les choses comme cela. Hamd Allah est un tireur par vocation alors qu’Abdellah Maddi est fait pour les ailes. Le danger qu’il présente c’est qu’il est capable de vous servir des balles qui exigent un bon tireur. C’est ça la différence entre un buteur et un défenseur.

Pourquoi, à votre avis, nous n’avons plus ce type de joueurs par vocation comme il y a une dizaine d’années ?

La valeur du buteur, de la ligne de défense, du milieu, de la ligne d’attaque est quasi absente, à quelques exceptions près, dans le championnat national, depuis peu. La cause en est l’enterrement des terrains de proximité. Le passé footballistique marocain en est une preuve édifiante. Le manque dont souffre le foot au Maroc est, sans conteste, l’immobilier. Nous jouions quatre matchs au moins par jour. Je pense que les autorités de tutelle sont appelés à revisiter notre mémoire dans ce sens et en tirer les leçons.

En l’absence de terrains de proximité, les centres de formation pourraient être la solution.

Ce n’est pas suffisant. Les enfants ont besoin de beaucoup d’espaces pour jouer comme en Europe. Les rues et les boulevards n’offrent pas cette opportunité puisqu’ils sont faits pour la circulation. Les centres de formation ne peuvent pas être ouverts à plusieurs dizaines, voire des centaines. C’est vrai certes que Safi dispose d’un centre de formation national qui nous a donné Hamza Hesraf, Hamza Semmoumi, Saâd Aït Alkhorsa, Er Rahouli, Abdellah Maddi et El Bahraoui ; or, s’ils avaient évolué dans les quartiers, ils seraient meilleurs.

Peut-on dire que les choses vont bon train, maintenant ?

Les responsables du club et le public ont pu constater de visu le changement, étant conscients des règles du professionnalisme : la bonne conduite, l’assiduité, l’application ; le respect mutuel, le sérieux dans le travail sont pour beaucoup dans notre réussite. L’OCS fera beaucoup parler de lui, In Chaa Allah.

Propos recueillis par Abdelkrim MOUHOUB