Un témoin oculaire : ElHassane Ibn Mohamed El Wazane connu sous le nom de Léon l’Africain a assisté à ce combat entre les troupes du Sultan Wattassi et les troupes portugaises d’Azemmour et Safi « Je me trouvais sur cette route, étant présent à ce combat …, mais je m’en tenais le plus loin qu’il m’était possible, pour ne pas courir de danger, contempler cet horrible spectacle, sur une jument fort légère et agile, car je me dirigeais vers Marrakech, pour aviser le gouverneur de cette cité, que mon seigneur le roi de Fès n’attendait que l’heure pour que son frère dût arriver à Doukkala, pour attaquer les portugais. »
C’était la première guerre entre une armée menée par les Beni Wattas et les conquérants portugais dans la province de Doukkala.
– Après l’occupation d’Azemmour, la chasse au butin humain à l’intérieur de Doukkala.
Suite à la conquête d’Azemmour au mois de Septembre 1513 et la soumission des villages voisins (Al Médine [Mazighane] , Tite et Soubeit), le Roi Emmanuel fût offert par le Pape Léon X, au début de l’année 1514 , ‘’le tiers et le sixième des revenus de toutes les églises et de tous les monastères de son royaume pour tout le temps qu’il ferait la guerre aux maures’’ . L’ordre de la guerre contre les Musulmans fut donné ; Rui Barreto Capitaine de la place d’Azemmour (Capitam da Cidade) voulait suivre une politique d’apprivoisement entretenue par le système d’otages, pour soumettre les habitants de l’intérieur de Doukkala (les Tribus de Charquia). L’année 1514 passa pour lui et pour Joâo (Joam) de Meneses capitaine de la région (Capitam do Campo) avec des alternatives de succès et de revers. D’après les récits de Marmol et de De Goes, un jour du mois de février à l’aube (avant le lever du soleil) l’armée portugaise d’Azemmour avait attaqué deux Cités situées au pied de Jbel Lakhdar, nommées Bencafis (qu’on reconnait être Iliskaouen ou Bou Saken) et Tafuf. Les portugais n’avaient laissé à leur retour à Azemmour avec 200 captifs (des enfants, des femmes et des vieillards) et un butin constitué essentiellement de bétail, deux places ruinées et incendiées. Plusieurs citoyens étaient tués par les armes, sous les décombres ou noyés en voulant traverser vers la rive droite de l’oued El Faregh en crue. Un tel acte contre des citoyens pacifiques que Marmol nomma « Guerre sainte » ne peut être désigné aujourd’hui que par le terme de « Terrorisme ». Au mois d’avril, après leur participation dans l’attaque contre les habitants de Talmest (Tadenst de Marmol et de Goes) avec les troupes du Capitaine de Safi et son allié Yahia Bentafuf qui menait les combattants de Gharbia et d’Abda, Rui Barreto et Joam meneses décident d’aller attaquer Boulaouane (écrite Bulaaguen par Marmol , Baluam et Baluao par De Goes).
D’après Léon l’Africain « En l’an neuf cent dix neuf de l’hégire (1514), le Roi de Fès [Mohamed Cheikh] avait envoyé son frère [Moulay Nacer connu sous Sahib Meknassa] pour défendre et gouverner la province de Doukkala, lequel a reçu des nouvelles que le capitaine d’Azemmour devait venir pour saccager la cité de Boulaouane et emmener les habitants comme prisonniers ; ce qu’il avait entendu, l’obligea de dépêcher deux capitaines, avec deux milles cavaliers et un troisième qui commandait cent arbalétriers, pour aller défendre cette cité …»

édifiée sur le fleuve Oum Errabii, contenant jusqu’à cinq cent feux
(foyers), elle était habitée du côté du fleuve et au milieu du chemin
qui relie Fès à Marrakech, de plusieurs personnes nobles et riches.
Les habitants bâtirent des maisons avec plusieurs chambres et une
grande étable pour recevoir tous les passants et les étrangers, qu’on
invitait en ces maisons aux frais et charges de la commune, parce qu’elle est très abondante en grains et bétail. «
– Le vendredi 14 Avril 1514, la bataille d’Oued Elfaregh, dans la région des Ouled Frej.
Lorsque le troisième caïd campait avec ses hommes (une centaine) nous rapporte Léon l’Africain » l’armée portugaise va surgir et les attaquer si violemment qu’ils sont vaincus par deux mille arabes (Yahia Outafuf avec ses hommes de Gharbia et d’Abda) venus au secours des portugais. Ils ont « passé par le fil de l’épée» les 100 arbalétriers du Roi de Fès qui campaient ensemble au milieu de la plaine. Seuls dix ou douze arbalétriers se sont échappés sains et saufs vers les dunes. Ralliés au reste de l’armée commandée par les deux capitaines envoyés par Moulay Nacer ils vont donner la chasse à l’armée portugaise qui va laisser sur le champ du combat cent cinquante cavaliers morts. »
Le chroniqueur Marmol de Carvajal et De Goes décrivent en détail cette guerre, et on peut retenir leur récit ce qui suit :
– L’armée portugaise divisée en 5 escadrons était constituée de 800 cavaliers d’Azemmour commandés par Joao de Menesez, Ruy Barette et Joao Gonsalez (3 escadrons). 500 cavaliers de Safi menés par leur gouverneur Nugno de Fernandez, et 1500 cavaliers (1200 de Gharbia et 300 d’Abda d’après De Goes) à leur tête Yahia OuTafuf, grand allié des portugais.
– La perte de deux étendards et la mort de plusieurs soldats de la haute classe portugaise, qui après avoir traversé l’oued pour donner la chasse aux arbalétriers survivants commandés par le troisième capitaine de l’armée envoyée par Nacer, avaient subit l’effet du sursaut de l’armée commandée par les deux autres caïds.
– S’il n’y avait pas l’intervention de Yahia OuTafuf avec ses combattants de Gharbia et d’Abda , les pertes chez les portugais auraient pu être lourdes,
– Après leur échec à atteindre la place de Boulaouane, suite à la perte des dizaines de soldats, il ne restait devant l’armée portugaise et les hommes de Yahia OuTafuf, que des opérations de pillage et d’enlèvement de tout ce qu’ils vont rencontrer devant eux à leur retour dans la région des Ouled Frej, avant de se séparer à 3 lieues (≈ 18 km) de l’endroit du combat, probablement à Mogress ; un carrefour très connu à l’époque.
Les portugais avaient capturé 580 prisonniers et tous les garçons, les femmes et les vieux. Les alliés des portugais avaient bénéficié du reste des butins tels que le bétail, les chevaux et les chameaux.
– Un mois après cette guerre, on annonce la mort de Joao de Menesez à Azemmour.
Depuis sa première tentative d’occuper Azemmour en 1508, Joao de Menesez n’avait connu de succès militaires que devant des citoyens isolés et non armés de la région des Doukkala. Les deux capitaines portugais auraient simulé une entrée triomphale à la cité d’Azemmour avec tous ce qu’ils ont pu enlever et piller dans leur chemin de retour, mais le grand nombre de cadavres qu’ils ramenaient avec eux, et surtout les dépouilles de jeunes soldats de la noblesse portugaise ne pouvaient soulager leur grande déception et leur chagrin.
Le Gouverneur de la région Joâo de Meneses, malade moralement et physiquement, très affecté par la mort de ses deux neveux dans ce combat va vivre en deuil et choisir l’isolement total, dégoûtant la vie. Une période d’isolement qui n’a duré qu’un mois. Le Roi Emmanuel, qui avait déclaré son soutien à son Gouverneur pendant cette période, et avait envoyé à Azemmour les renforts nécessaires ne tarda pas à regretter sa mort survenue le 15 mai, le jour du Vendredi Saint, à l’âge de 54 ans, à Azemmour où on l’enterre dans l’église.

Description de l’Afrique par Léon l’Africain, livre premier p 37
Les Etbèges furent les plus nobles et les principaux des Arabes que
Mansor mena pour habiter en Ducale, et aux plaines de Tedle lesquels
ont été grandement molestés, tant par les rois de Portugal que par
ceux de Fez; et sont environ cent mille hommes de guerre, la moitié
gens de cheval.
Cette province peut contenir en longueur trois journées, et deux en
largeur, étant fort habitée…
De Goes subdivise Doukkala en : Xerquia (Charquia),Abida ( Abda) et
Garbia (Gharbia).
Il subdivise Charquia en six tribus :
– Uleidambram lithali (Ouled Amrane), la plus importante, avec 1500
cavaliers, 30000 combattants à pied et 150 douars.
– Oledambrào discani (Ouled Amrane) avec 1000 cavaliers, 20000
combattants à pied et 100 douars.
– Uleidaquo (Ouled Amrou) avec 800 cavaliers , 15000 combattants à
pied et 80 douars.
– Uleid Zubetos (Ouled Sbaïtta) avec 600 cavaliers, 10000 combattants
à pied et 60 douars.
– Uleidebuazis (Ouled Bouaziz) avec 700 cavaliers, 15000 combattants à pied et 70 douars.
– Uleidefarax (Ouled frej) avec 400 cavaliers, 5000 combattants à pied et 30 douars. P 231
Abda et Gharbia avec 4000 cavaliers, 40000 combattants à pied et 200
douars.
Bibliographie :
– Description de l’Afrique par Hassan Ibn Al Ouazzane -Léon L’Africain- Traduction de Jean Temporal- Tome premier 1830.
– Description de l’Afrique Tièrce partie du Monde par Hassan Ibn Al Ouazzane -Léon L’Africain- Traduction de Jean Temporal- Lyon 1556.
– L’Afrique de Marmol Carvajal – Traduction de Nicolas Perrot- Livre troisième –Du Ch 52 au Ch 57.
– Chronicas de DAMIAO DE GOES /Chronica de Seremissimo Senhor Rei D. EMANUEL ParteIII- E. IV. Ch. L (50) P231 & Ch. LI (51) Pages de 237 à 249- Coimbra 1790.
– Abrégé chronologique de l’histoire de l’ Espagne et du Portugal- TII. P.74
– Extrait Carte de Sanson Nicolas. 1600-1667.