L’héritage littéraire de feu Driss Chraibi, « le sage révolté », ressuscité à Montréal

Il s’agissait, selon eux, d’une dénonciation très ferme du sort de ces immigrés victimes des pires humiliations à travers une écriture marquée par une violence extrême et un champ lexical des plus dépréciatifs.

Dans « Le monde à côté » (2001), deuxième volet des mémoires de Chraibi après « Lu, vu, entendu », l’auteur a dévoilé sa vie personnelle et celle d’écrivain révolté par son style d’écriture autobiographique basée sur une profonde réflexion sur son passé.

A cet égard, les conférenciers ont fait observer que dans chaque roman de Chraibi, la révolte n’est jamais redondante car on assiste toujours à un style, un temps, un espace et un monde totalement différent l’un de l’autre, ajoutant que malgré son exil migratoire, le passé de Chraibi, considéré comme un écrivain-monde, a toujours constitué pour lui un réservoir de souvenirs. Quant au roman « Mort au Canada » (1975), il a constitué une sorte de révolte puisqu’il a déplacé le domaine d’écriture du Maghreb vers un autre Ailleurs, en l’occurrence le Canada, pour raconter la vie d’un couple qui évolue de l’amour fou à la séparation violente, témoignant ainsi de son refus de l’idée de s’enfermer pour écrire dans un seul cadre régional ou entre les deux rives de la Méditerranée.

En fuyant le champ strictement maghrébin, l’écrivain a cherché à échapper à toute réduction qui le confinerait dans un espace ou un lieu bien déterminés et limiterait la portée de sa création littéraire.

Cette rencontre, qui s’est déroulée en présence de plusieurs intellectuels et passionnés de l’œuvre de feu Driss Chraibi, a été agrémentée par un témoignage livré par Taoufik Chraibi, l’un des neveux du défunt, dans lequel il s’est attardé sur quelques étapes phares de la vie personnelle et du parcours littéraire du défunt.

Né le 15 juillet 1926 à El Jadida et élevé à Casablanca, Driss Chraïbi est parti à Paris en 1945 pour étudier la chimie, avant de se convertir à la littérature et au journalisme. Il était aussi un homme de radio durant une trentaine d’années. Il animait des émissions (ORTF, RTF, France culture), léguant ainsi une oeuvre radiophonique immense. Il enseignait aussi la littérature maghrébine à l’Université Laval à Québec. Il est l’auteur de plusieurs œuvres, dont son roman fétiche « Le Passé simple », « Les Boucs », « L’Ane » (1956), « De tous les horizons » (1958), « La Foule » (1961), « Succession ouverte » (1962), « Un Ami viendra vous voir » (1967), « La civilisation, ma Mère! » (1972), « Mort au Canada » (1975), « Une enquête au pays » (1981), « La Mère du printemps » (1982), « Naissance à l’aube » (1986), »L’Inspecteur Ali » (1991), « Les aventures de l’âne Khâl » (1992), « Une place au soleil (1993), « L’Homme du livre » (1995), « L’Inspecteur Ali à Trinity College » (1995), « L’Inspecteur Ali et la CIA » (1996), « Vu, Lu, Entendu » (1998), « Le Monde à côté » (2001) et « L’homme qui venait du passé » (2004).

Chraïbi, qui a reçu de nombreux prix littéraires dont celui de l’Afrique Méditerranéenne pour l’ensemble de son oeuvre en 1973, le prix de l’amitié franco-arabe en 1981, s’est éteint à l’âge de 80 ans, le 1er avril 2007 dans la Drôme(sud-est de la France) où il résidait depuis 1988. Il repose désormais à Casablanca, au Cimetière des Chouhada, à côté de son père comme il le souhaitait.

MAP