ENTRETIEN AVEC MOHAMED ZAFZAF

Allongé sur son lit, fumant sa cigarette, avec sa barbe blanchâtre par endroits, il parlait à tous ceux qui étaient chez lui.On discutait librement. Zafzaf s’interrogeait, avec un ton nerveux, sur l’écriture, les jeunes écrivains, la lecture, la traduction au Maroc et dans le monde arabe, l’édition et les arriérés de son loyer.Tout en évoquant sa nouvelle « Bourges en enfer » (1), il disait: « je ne veux pas qu’on m’y suive. » »Que chacun ait son dû, le locateur accumule les mois, » et il commença à caresser sa barbe en me parlant.

« Écrire c’est une responsabilité, cette génération d’expérimentation, je ne la comprends pas: Ils écrivent des hallucinations incompréhensibles. L’écriture est le fruit d’une lecture profonde, et du contact avec la vie. L’écrivain doit voyager, voir le monde, côtoyer les gens, écouter leurs douleurs et leurs problèmes, et c’est à ce moment qu’il se met à écrire. » »Ces textes qu’écrivent les jeunes à la vitesse d’une cocotte, je me demande comment ils font pour les concocter? On n’y comprend rien.L’expérimentalisme n’a aucun sens, écrivez plutôt des essais beaux et clairs, et pas des mots croisés.Je ne suis le tuteur de personne, et ce ne sont ni mon âge ni mon expérience qui me poussent à donner des conseils, mais pour être franc je vous conseille d’écrire de bonnes choses ou d’abandonner, car remplir les pages c’est simple. »

Et la lecture?

« Maintenant je lis un livre de Confucius! Si je fatigue mes yeux à cet âge c’est que j’éprouve un grand plaisir dans la lecture, j’y découvre des choses extraordinaires. » »Les jeunes créent des conflits gratuits, s’accusent mutuellement, chez eux l’exclusion est devenue la règle.Soyez raisonnables mes petits, écrivez des essais de valeur, insistez sur la qualité et pas sur la quantité, une nouvelle vaut mieux qu’un roman de quatre cents pages vides. « Le vieil homme et la mer » a été primé malgré sa petite taille. « Le loup des stèpes » d’Herman Hess est court lui aussi. » »La traduction est meilleure au Maroc. Contrairement aux orientaux, les marocains soignent leur travail. La traduction des orientaux est médiocre, une traductrice de chez eux a même traduit « le mari éternel » par « Marie l’éternelle ». » »Quant à celui qui voulait brûler son roman et m’exclure, il a avancé ces propos: « Si on ôte ton nom de la couverture, nul n’achètera tes romans ». Qu’il mettent son nom à ma place au lieu de brûler son livre. » »Les jeunes doivent étudier, vivre pleinement leur vie puis écrire des choses intéressantes et acceptables. L’écrivain qui évoque le modernisme et ne parle qu’une seule langue est un aliéné mental. Je le répète je ne suis le tuteur de personne, tout ce que je veux c’est être clair, sans citer de slogans et sans créer de conflits entre les jeunes. »Zafzaf a parlé très longtemps, avec son franc parlé habituel, veuillez nous excuser si on n’a pu retenir plus que ces quelques lignes!

Biographie de Mohamed Zafzaf

Naissance à Souk Larbaa El Gharb en 1945.

Étudie la philosophie à la faculté des lettres et sciences humaines à Rabat.

Enseignant dans des lycées de Casablanca.

Premier poème en 1962.

Première nouvelle en 1963.

Membre de l’union des écrivains du Maroc en juillet 1968.

A publié dans différents journaux marocains et arabes.

La traduction française de « L’œuf du coq » a reçu le prix du Grand Atlas en 1998.

Auteur de nouvelles, romans, traductions de recueils de poèmes et de pièces de théâtre.

Parmi ses publications:

« Les plus forts » – « L’arbre sacré » – « Le Roi des djinns » : Nouvelles

« La femme et la rose » – « L’œuf du coq » – « Le renard qui apparaît et disparaît » : Romans

« Dessin sur le bois » : Traduction de pièce de théâtre.

Lorsque son roman « La femme et la rose » avait été traduit en espagnole, le Roi Juan Carlos d’Espagne lui a envoyé une lettre de félicitation, Mohamed Zafzaf a accroché cette lettre sur un mur de sa maison.

(1) Fait partie des oeuvres complètes de Mohamed Zafzaf.

Interview en arabe réalisée par Abdelhamid Chakib – Littihad Lichtiraki – 1er septembre 1995

Traduction Rusibis.com