Si l’on demande à un jeune d’El Jadida ce que c’est que TAZOTA il répondra sûrement : c’est un restaurant dans la sortie d’El Jadida, route de Casablanca, et il ajoutera même qu’il s’y rendait pendant l’été pour danser. Vous ne vous êtes jamais demandés d’où vient ce nom de Tazota ? la construction de ce restaurant, ses murs en pierre, et sa forme circulaire ne vous a pas fait penser aux constructions des paysans dans la région d’El Jadida, la NWALA ne vous dit rien?
Ce document très intéressant trouvé sur le site http://pierreseche.chez.tiscali.fr/temoins_europe.html est d’une grande importance, il explique les systèmes utilisés dans la construction des TAZOTA, et des constructions similaires en Bolivie et en Irlande, nous vous laissons apprécier.
1 – Les cabanes en dalles de sel des salines de l’Altiplano bolivien
2 – Les booleys de la péninsule de Dingle (Comté de Kerry, Irlande de l’Ouest)
3 – Les sweat-houses des Comtés de Leitrim, Louth et Cavan (Irlande)
4 – Les tazotas et les toufris de l’arrière-pays d’El-Jadida (Maroc)
1 – LES CABANES EN DALLES DE SEL DES SALINES DE L’ALTIPLANO BOLIVIEN
L’Altiplano bolivien (en d’autres termes les hauts plateaux de Bolivie) recèle des salines aménagées à la surface d’anciens lacs évaporés en raison du manque de pluie et de la sécheresse de l’air (salines de Coipassa et Uyuni entre autres). Les Indiens y découpent les couches de sel en blocs qui sont ensuite transportés par camion vers les lieux de consommation.
Sur ces salines sont visibles des cabanes en dalles de sel, en forme de dôme ou de cylindre, de facture assez sommaire, à différentes étapes de construction ou de destruction. La technique de voûtement employée est celle de la voûte encorbelée. La nature du matériau, son débitage, joints à l’absence de tout autre matériau sur place, expliquent le recours à une telle architecture en ces lieux.

Source : Photo correspondant au mois de novembre dans le calendrier 1989 publié par le CNCD (Centre national de coopération au développement, Quai du commerce 9 – 1000 BRUXELLES, Belgique).
2 – LES BOOLEYS DE LA PENINSULE DE DINGLE (COMTE DE KERRY, IRLANDE DE L’OUEST)
Le terme booley (anglicisation du gaëlique buaile, étable, lieu de la traite) désigne des ensembles pastoraux se trouvant dans les estivages des régions montagneuses d’Irlande et en usage jusqu’à la fin du 19e siècle.
Dans les zones à la roche abondante, les booleys étaient constitués de cinq à vingt cabanes circulaires (booleyhuts, booleyhouses) bâties en pierre sèche, situées près d’une source ou d’un ruisseau et servant de séjour aux habitants d’un même village. La principale occupation était la fabrication du beurre.
Les booleys de la Péninsule de Dingle dans le Comté de Kerry (Irlande de l’Ouest) sont les plus connus. Ils couvrent toute l’étendue de la péninsule depuis le niveau de la mer jusqu’à plus de 300 m d’altitude, dépassant souvent la limite terminale des cultures. Plus de 400 d’entre eux ont été recensés à l’extrémité de la péninsule sur les pentes de la Montagne de l’Aigle entre le Promontoire de Dunmere et le port de Ventry (districts de Fahan et de Glenfahan).
Les archéologuies du siècle dernier se refusaient à voir dans ces groupements de cabanes des édifices à vocation purement agricole et pastorale (à savoir, à basse altitude, dépendances immédiates des fermes, à haute altitude, des cabanes d’estive), les présentant tour à tour comme sites monastiques du début du Christianisme irlandais, habitats pré-chrétiens et forts (cathairs) occupés depuis un peu avant l’introduction du Christianisme jusqu’au bas Moyen Age.
L’ethnologue F.H.A. Aalen s’est efforcé de replacer des structures dans leur véritable perspective historique et économique en montrant, à partir des traditions orale et écrite et de la toponymie, que la majorité des constructions en pierre sèche (clochans, voir ce mot) d’altitude de la Péninsule de Dingle avaient été érigées pour servir d’habitats temporaires d’estive dans une économie de transhumance (bovins et ovins) qui dura jusqu’au milieu du 19e siècle. Les clochans sont en effet souvent liés à des enclos de pierre ou parcs à moutons et en général situés à proximité d’une alimentation en eau. Ils étaient désignés sous les noms de buaile, de machair ou de airghe.
F.H.A. Aalen s’est livré au recensement des booleys de la vallée de Garfinny, arrivant au chifre de 80 clochans, malheureusement souvent ruinés, se présentant soit isolément, soit en groupes (16 booleys).
La plupart sont de plan extérieur circulaire mais avec une cellule subcirculaire, asymétrique. Ils se répartissent en deux types d’après leurs dimensions :
- des clochans de 3 à 4,5 m de diamètre;
- des clochans de 1,20 m à 1,80 m de diamètre.
En général, un groupement de clochans comporte une ou deux grandes constructions et un grand nombre de petites. Certains des grands clochans sont pourvus, à l’arrière, de souterrains sans doute destinés à la conservation de produits laitiers (beurre et fromage). Comme aménagements intérieurs, certains clochans comportent des niches (keeping-holes). Les entrées regardent la vallée de façon à offrir une protection contre les vents dominants. Le mouvement de transhumance estivale, la remue, était désigné par l’expression going up to the caves (la montée aux cavernes).
Sources : E. Estyn Evans, Irish Folk Ways, Routledge & Kegan Paul, London, 1957, pp. 34-38; F.H.A. Aalen, Clochans as transhumance dwellings in the Dingle Peninsula, Co. Kerry, dans The Journal of the Royal Society of Antiquarians of Ireland, vol. 94, part 1, 1964, pp. 39-45.
3 – LES SWEAT-HOUSES DES COMTES DE LEITRIM, LOUTH ET CAVAN (IRLANDE)
Ce terme anglais, qui signifie « salle de sudation », recouvre un type particulier de clochan, ou cabane en pierre sèche, faisant office, jusqu’au début du 20e siècle, de bain turc ou sauna rudimentaire dans certains comtés de l’Irlande, notamment ceux de Leitrim, de Louth et de Cavan.
On y avait recours en été et en automne pour se guérir des rhumatismes, de la grippe ou pour se purifier le teint chez les jeunes filles. On les utilisait également pour calciner du varech dont on extrayait de la soude brute. Chaque sweat-house était la propriété commune de quatre ou cinq familles.
La sweat-house type avait un diamètre intérieur de 1,20 m à 2,10 m et une hauteur en proportion. On y accédait par une entrée basse surmontée d’un linteau. Elle comportait parfois une cheminée rudimentaire.
Lors d’une cure, porte et cheminée étaient colmatées par des mottes de terre. On avait au préalable chauffé l’intérieur par un feu de tourbe, parfois de paille et de fougères, pendant un jour ou deux. Le sol, généralement en terre, mais dans certains cas recouvert d’un pavage, était balayé et nettoyé pour recevoir ensuite une litière d’ajoncs verts. Assises sur celle-ci ou sur des mottes de gazon ou encore sur des tabourets bas, de deux à six ou sept personnes, nues, transpiraient abondamment pendant environ une demi-heure, avant de ressortir pour se rafraîchir dans un ruisseau proche ou à l’aide de seaux d’eau. On pouvait aussi prendre un bain de vapeur en versant de l’eau sur les pierres.
Toutes les sweat-houses n’étaient pas nécessairement en pierre : certaines étaient creusées dans un banc de tourbe ou encore ménagées dans un talus de terre et couronnées de mottes.
Sources :
- E. Estyn Evans, Irish Folk Ways, Routledge & Kegan Paul, London, 1957, pp. 124-125 et illust. p. 116
- E. Estyn Evans, Irish Heritage: the landscape, the people and their work, Dundalgan Press, Dundalk, 1942, pp. 82-83 et illust. p. 83.
4 – LES TAZOTAS ET LES TOUFRIS DE L’ARRIÈRE-PAYS D’EL-JADIDA (MAROC)
Dans l’arrière-pays d’El-Jadida, à 90 km au sud de Casablanca (Maroc), les paysans, profitant des pierres retirées des champs, ont édifié des murs de séparation entre les parcelles mais surtout des enclos comportant des cabanes en pierre sèche à voûte d’encorbellement.
Celles-ci se répartissent en deux types architecturaux et fonctionnels :
- d’une part des cabanes circulaires en forme de tronc-de-cône simple ou de deux troncs-de-cônes superposés (dites également à degré), à l’entrée précédée d’un massif rectangulaire à façade plane; dénommées tazota en berbère et nwala en arabe, elles servaient à entreposer la paille de blé et d’orge et les tiges de maïs;
- d’autre part des cabanes rectangulaires, en forme de carène renversée, recouvrant un escalier creusé dans le sol et conduisant à une galerie souterraine transversale; appelés toufri en berbère et khayma en arabe, elles étaient destinées à la conservation des grains.

Vue d’un tazota (© Sergio Gnesda)
Un enclos « typique » comporte deux tazotas à degré jumelées et un toufri en carène. Une aire circulaire de battage s’observe souvent à côté de l’enclos. L’enclos est toujours associé à un douar habité ou abandonné.
Les pierres employées sont des pierres brutes, de forme ovale. Seuls les chaînes d’angle, les piédroits, les linteaux, etc., font appel à des pierres plus grosses et plus plates.
Les cabanes ont un sommet plat, legèrement bombé, recouvert d’une couche de gravier puis d’une couche de terre afin de protéger l’intérieur des infiltrations d’eau de pluie.
Les tazotas à degré comportent latéralement un ou deux escaliers extérieurs pour monter sur le rebord du tronc-de-cône inférieur et un seul pour monter au sommet du tronc-de-cône supérieur. Ayant servi au moment d’édification; ils ont peut-être ensuite permis de monter et d’étaler des produits agricoles destinés à être séchés au soleil.
Edifiés par les paysans eux-mêmes plutôt que par des artisans spécialisés, les tazotas et les toufris ne renvoient pas à un passé lointain. Des témoignages oraux situent la construction de plusieurs d’entre eux dans la 1re moité du 20e siècle.
THE TAZOTAS AND TOUFRIS OF THE HINTERLAND OF EL-JADIDA IN MOROCCO
In the hinterland of El-Jadida, 90 km south of Casablanca (Morocco), local peasants have used the stones cleared from their plots to build dividing walls but also enclosures sheltering dry-stone huts with corbelled vaults.
These huts fall into two main architectural and functional types :
- on the one hand, the circular hut, in the shape of a single truncated cone or two superimposed truncated cones (or single-tiered hut), with its entrance fronted by a protruding rectangular stone mass; called tazota in Berberic and nwala in Arabic, it served as a storage place for wheat and barley straw as well as maize stalks;
- on the other hand, a rectangular hut, in the shape of an upturned boat, built over an excavated flight of steps leading to an underground gallery laid crosswise; called toufri in Berber and khayma in Arabic, this type of hut was destined for storing grain.
A typical enclosure will contain a couple of tiered tazotas and one boat-shaped toufri. A circular threshing area is often to be seen nearby. An enclosure is always related to an inhabited or deserted douar.
The stones used are untrimmed, oval-shaped blocks. Only right-angled quoins, door or window jambs and lintels employ bigger, flatter stones.
The roofs of the huts are flat, slightly convex areas, covered with a layer of gravel and a covering of earth as a protection against rain water.
One or two flights of steps are set in the side-walls of the tiered tazotas for easy access to the ledge of the lower truncated cone. Access to the top of the upper truncated cone is via a single flight of steps. While these steps no doubt served a useful purpose during the building stages, they are likely to have been used to carry to the roof agricultural produce to be spread on the ledges and roof for drying in the sun.
Built by the peasants themselves (and not by specialist masons), tazotas and toufris do not hark back to a distant past. Oral evidence indicates that a number of them were built in the 1st half of the 20th century.
Source : Sergio Gnesda, Témoins d’architecture en pierre sèche au Maroc : les tazotas et les toufris de l’arrière-pays d’El-Jadida, Etudes et recherches d’architecture vernaculaire, No 16, 1996, 24 p.
Dernières modifications le 1er décembre 2001 / Last modified on December 1st, 2001
© Christian Lassure