Il était si bien notre théâtre municipal

La troupe El Mouhajiroune au théâtre d’El Jadida

Lorsque les organisateurs des spectacles au théâtre de Sidi Bouzid n’ont pas pu vendre plus de 50 places le premier samedi du mois d’août, date à laquelle devait se produire un chanteur très connu des jeunes, on s’est dit que la cause provenait d’un mauvais choix du jour qui coïncidait avec le moussem de Moulay Abdellah et l’exposition d’El jadida qui attirent beaucoup de foule.
Et quand la troupe locale de théâtre, qui s’apprête à participer à un festival en Tunisie, n’a pu attirer plus de 30 personnes au théâtre municipal d’El Jadida, on a cru que la troupe était connue des jdidis, et que peut être ces derniers n’appréciaient pas son théâtre.
Mais jusqu’à l’arrivée de la troupe « El Mouhajiroune » de la ville française de Pau, qui est composée de marocains résidant en France et de français, on se doutait du fait qu’il n’y a plus d’amateurs de théâtre dans la ville d’El Jadida.
Pour tout vous dire, le nombre des places payantes du samedi 13 août 2002, pour la pièce théâtrale « Il était si bien… » est de 37 (trente sept); normalement dans des cas pareils, les troupes s’excusent auprès du public et annulent leur production, mais ce qui nous a étonné ce soir est la volonté des acteurs, jeunes et moins jeunes, issus pour la plupart de l’immigration, et leur sang froid face à cette situation que des acteurs et des artistes de grande renommée ne puissent supporter, en aucun moment on n’a senti qu’ils étaient touchés par la vacance de la salle et le petit nombre de spectateurs insignifiant du point de vue recettes, mais très significatif pour l’avenir du théâtre et de la culture en général dans cette pauvre ville.
Notons avec grand respect la présence parmi ce public du grand artiste Hassan EL FAD, et notons aussi qu’aucun des prétendants appartenir à la famille de la culture ou du théâtre dans la ville n’était présent, les correspondants locaux de la presse locale et nationale non plus, même ceux qui étaient invités pour couvrir la pièce, et ceux qui s’intéressent au théâtre et qui ne cessent de remplir les colonnes des journaux par des regrets sur le passé glorieux de ce misérable théâtre municipal d’El Jadida. Et malgré tout ça, vous verrez sûrement sur nos quotidiens nationaux des articles sur le passage de ce MRE à El Jadida, comme par magie ou télépathie.

Pour mémoire, le théâtre municipal a été construit pendant les années 20 du vingtième siècle par les français qui colonisaient le Maroc, et il est le seul de cette époque à rester opérationnel jusqu’à aujourd’hui, espérons lui longue vie. Depuis son inauguration il était la salle des fête de la ville, et a vu se produire sur sa scène le meilleur du répertoire local, national et international, et des noms célèbres du monde du théâtre, de la musique, de la culture, de la politique …
Les habitants de la ville n’atteignaient pas 160.000.000, leur nombre était de 60.000 dans les années 70 du vingtième siècle, et pourtant toutes les pièces théâtrales qui passaient par la ville faisaient le plein, et les amoureux du théâtre en demandaient d’avantage à une époque où la grande majorité des marocains étaient analphabètes, ce qui ne les empêchaient pas d’assister à des pièces théâtrales, car on n’a pas besoin d’être AL KHALIL ou MOLIERE pour comprendre ce qui se passe sur scène, il y’a même beaucoup de marocains qui comprennent les films allemands et polonais et ne se lassent pas de les regarder à longueur de journée sur les télés numériques, et avant l’ère du numérique on comprenait chez nous l’indous, on connaissait par cœur les noms de leurs artistes et on chantait même leurs chansons.

Etat des sièges du théâtre municipal d’El Jadida
même ceux qui paraissent tenir peuvent tomber dès que quelqu’un désire s’installer!
Ce qui arrive dans notre théâtre on ne peut le séparer de tous les maux dont souffre la ville et tout le pays, c'est une décadence quasi totale dans tous les domaines exception faite de la médiocrité dans laquelle on est premier par excellence. Saisissons cette occasion pour rappeler quelques faits : Une équipe de football en deçà des attentes de ses supporters et qui est censée représenter une population de plus de 1.000.000.000 que compte la province; une piscine couverte dans un état très lamentable, et malgré ça nos nageurs font des prouesses et décrochent des titres au niveau national; un complexe culturel plus grand que les rêves de ses fondateurs, resté inachevé faute de moyens qui ne manquent pas lorsqu'il s'agit de manifestations réunissant chikhates ou tout autre médiocrité qui fait le bonheur des grosses têtes vides; une maison des jeunes vieillissante qu'on est obligé de fermer avant qu'elle ne tombe sur les têtes de notre jeunesse, et la dernière des maisons qui nous reste risque de s'effondrer d'un jour à l'autre; quant à la culture elle est le dernier des soucis des responsables locaux quelque soit leur poste, du conseil municipal à la délégation de la culture, la culture chez nous est liée à notre mentalité de moussems, et moussem pour les non arabophones signifie périodique, les mathématiciens préfèrent plutôt cyclique, nos moussems de tout genre ont une périodicité d'un an, ou sont liés à des fêtes, des évènements comme la moisson, et ne sortent pas du célèbre proverbe marocain : " La noce d'une nuit se prépare pendant une année". Rendez vous avec notre prochain moussem l'année prochain, et d'ici là nous vous souhaitons longue vie.