Entretien avec El Harti El Arbi Directeur du Festival JAWHARA

En marge de la conférence de presse relative au festival international JAWHARA qui a eu lieu à Mazagan Beach Resort et à laquelle ont pris part les initiateurs de cette spectaculaire manifestation culturelle dont justement le Gouverneur de la province d’El Jadida M. Mouâad Jamaï et le Président fondateur de l’association des Doukkala M. Abdelkrim Bencherki en plus des autres composantes ayant contribué de près ou de loin à l’élaboration de cette première édition, nous avons pu contacter M. El Harti El Arbi Directeur du festival qui a eu l’amabilité de nous accorder l’entretien suivant. Ecoutons le :


Peut-on avoir une idée -même succincte- du parcours professionnel de M. El Harti et savoir ce que représente pour lui la réussite d’un festival ?

Je suis essentiellement enseignant universitaire. Tout ce que j´ai fait depuis maintenant 24 ans est imprégné par ma vocation universitaire. Un festival, pour moi, est un projet didactique. A travers la conception d´un festival il y a toujours une démarche pédagogique : pédagogie démocratique, participative et citoyenne. Je suis convaincu que la culture – et un festival est un projet culturel de premier ordre – doit être un levier de développement humain et pas seulement un divertissement. Rassembler 100.000 personnes dans une place, ou 25 personnes autour d´un atelier, ou 150 dans une expo, comporte la pédagogie de la normalisation du rapport du citoyen avec l´espace public ; c´est une façon de le sensibiliser sur le fait que le quartier, la ville, la région, le pays lui appartiennent et il est responsable de leur sauvegarde, leur défense et leur développement. Une action culturelle est conçue aussi pour transmettre les valeurs de l´appartenance et de la diversité. Nous pouvons avoir des idées, mais nous ne pouvons pas cohabiter en société sans admettre dans le respect que les autres ont des idées différentes, mais jamais exclusives. La culture nous enseigne aussi que le dialogue est une antidote contre tout genre de fondamentalisme. Ce sont ces idées qui constituent l´esprit de mon engagement citoyen dans la fondation et les actions que je dirige ou que j´ai dirigé ( Festival des Deux Rives, Festival Paradis de Lune, Festival Alegria de Chefchaouen, etc…)

En tant que professionnel dans le domaine, vous êtes mieux placé que moi pour savoir que ce genre de « cérémonie », dispose de son propre âme comme elle fait appel à une philosophie spécifique…où peut-on situer Jawhara ?

Le Festival International Jawhara a été conçu en tant qu´une grande action culturelle. Nous avons opéré ainsi, parce que nous sommes convaincus que la culture est un pilier de développement fondamental pour la Province d´El Jadida et pour notre Royaume. C´est à travers la culture, précisément, que nous discernons nos valeurs, nous nous exprimons, nous prenons conscience de nous-mêmes, de notre appartenance et du monde qui nous entoure. Cette prise de conscience nous épanouie, fait de nous des citoyens responsables, plus autonomes, plus engagés, plus entreprenants et plus heureux… Avec cette initiative, nous voulons établir une stratégie pour une action culturelle qui prend en considération le citoyen comme son centre d´intérêt. Il s´agit, en conséquent, d´une action qui associe culture et développement durable. Le Festival International Jawhara œuvre en faveur de l´enracinement de la diversité en tant qu´essence de notre démarche culturelle, autour d´une unité de sens : notre attachement à Sa Majesté, Le Roi et a Son engagement pour une culture participative, dont l´objectif est l´élévation de nos valeurs et causes sacrés, issus de notre patrimoine historique, social, politique et humain millénaires et faire d´eux une force d´attraction basée sur ce que nous possédons : un Royaume riche de ses hommes, de ses femmes, de ses jeunes, de sa pluralité et de sa diversité et une vocation d´universalité inaliénable.

Comme vous devez le savoir, toutes les expériences festivalières ayant trouvé le bon chemin, au niveau de notre pays, ont pu disposer d’une marge de temps assez appréciable (au moins deux éditions), afin de pouvoir mûrir sainement…ne croyez-vous pas, qu’en optant du premier coup pour Jawhara à l’international, vous tentez aussi le saut de l’ange ?

Comme je vous l’ai dit, un festival qui se respecte doit se reposer sur des stratégies. Parallèlement aux cibles internes – dont la pédagogie de la citoyenneté – il faut toujours oeuvrer à l´internationalisation de sa philosophie ; il faut toujours pour qu´il participe à la promotion du Royaume et de ses valeurs, de sa vocation, de ses désirs et réalisation dans le monde.

En contemplant les grandes lignes du programme de Jawhara, on a l’impression d’être au centre d’un carrefour de dialogues où toutes les formes de cultures s’interpénètrent ou se complètent pour toucher en même temps El Jadida, Azemmour et Sidi Bouzid… serait- on en face du traitement de choc dont a besoin la province d’El Jadida pour renouer avec un passé que certains nostalgiques désespèrent à retrouver ?

Faire de la Province d´El Jadida un centre de dialogue entre les cultures et les civilisations, entre notre diversité nationale et celle des pays participants, entre les genres artistiques et les citoyens est l´un de nos objectifs. C´est notre manière d’élever les villes de la province au rang qu´elles méritent : villes de la culture, villes de la participation citoyenne, villes du dialogue interculturel, villes universelles. Ça peut paraitre du blabla. Non, il faut croire. Les grandes choses commencent par de petites idées et des tonnes de foi, d´imagination et du travail, toujours du travail…

A vous entendre commenter Jawhara lors de vos différentes interventions, on a l’impression que vous êtes dans le militantisme associatif beaucoup plus que dans le domaine des « affaires » artistiques. Comment expliquez-vous cet engouement pour El Jadida, ses citoyens et son hypothétique réveil culturel ?

Il est très important de distinguer le travail associatif du showbiz. Au Maroc, nous avons besoin de militantisme culturel. C´est notre impératif éthique. Nous sommes un pays et une société en mutation continuelle. Nous avons besoin d´une pédagogie démocratique. C´est la société civile, en complicité avec l´état, qui peut drainer ce projet, et pas le showbiz. Dans ce sens, je suis un militant convaincu et ma conviction est très claire : la culture bien conçue, bien gérée et qui cible le citoyen en tant qu’acteur participatif peut être un grand levier du développement humain et un grand dynamiseur de la démocratie.

Nous n’allons pas entrer dans les détails du programme de ce premier festival qui est digne de porter ce nom, mais est ce que vous pouvez rapprocher nos lecteurs de la ligne éditoriale qui le démarque des médiocrités dont El Jadida a eu droit tout au long de ces dernières années ?

Aucune ville marocaine n’est médiocre. Le Maroc a des potentialités immenses. C´est une question de temps et l´heure d´El Jadida est arrivée. Maintenant, c´est à la société jdidie d´assumer sa responsabilité et son engagement citoyen en faveur du développement économique, social et culturel.

Je ne vais pas vous demander de prophétiser l’avenir, mais le citoyen voudrait bien connaître les maîtres atouts dont vous disposez et qui peuvent le mettre en confiance sur la solvabilité de l’ère Jawhara et sa continuité dans le temps. Et cette interrogation est d’autant plus récurrente que de par un proche passé certains festivals conçus pour durer n’ont pu vivre que le temps d’une fleur de printemps zemmouri.

Je pense que la volonté politique, civile et humaine des organisateurs de Jawhara est grande et sérieuse. Le festival et la démarche culturelle qu´il comporte ont été conçus pour continuer dans le temps et tout au long de l´année. Et ça, c´est une nouveauté au Maroc. Le Festival est le fruit des efforts de personnes issues d´El Jadida, qui aiment la province et qui veulent créer une réelle dynamique dans la province.

Au-delà de certaines prises de positions parfois insolites et qui sont en totale contradiction avec les aspirations de la ville d’El Jadida et sa province, quel est le message que vous voulez faire passer aux citoyens qui croient en Jawhara et aux bonnes volontés qui sont derrière cette belle initiative ?

Je pense que pour qu´une société avance vers l´avenir, il lui faut assumer l´avenir dans son dynamisme et lutter contre l’immobilisme. Agir en faveur du changement a besoin de sagesse, de générosité, d’imagination et d’un grand engagement avec les intérêts de la communauté.

Propos recueillis par : Ahmed Chahid