L’autoroute et la liaison ferroviaire Casa – El Jadida, étaient toujours considérées par les Jdidis, comme un handicap majeur qui freine le développement de la région des Doukkala.
Deux dossiers qui ont aussi représenté un réel cheval de bataille pour M. Fassi Fehri, précédent gouverneur de la province d’El Jadida. Il aura fallu un véritable parcours de “militant” dans le domaine pour redonner vie au projet de l’autoroute, qui est actuellement en phase très avancée, tout en convainquant les dirigeants de l’ONCF de procéder à la réouverture de la gare ferroviaire d’El Jadida, celle-ci ayant été désactivée depuis 1996, par manque de rentabilité.
Ainsi, après cinq années de “sevrage”, El Jadida a eu droit à ses trains, en octobre 2001, sous engagement de la municipalité d’assurer la fluidité du transport entre le centre ville et la gare ferroviaire située à la périphérie d’El Jadida. La balle était donc dans le camp du conseil de la ville qui devait procéder à de nouvelles lignes de transport urbain ainsi qu’à leur renforcement tout au long de l’avenue “O”, aménagée expressément à cette occasion, par décision provinciale et grâce au budget de la région.
Face à cette nouvelle euphorie, l’ONCF a fait preuve de plus de disponibilité en renforçant ses lignes qui sont passées de 2 à 5 trains, répondant parfaitement aux aspirations des usagers.
Paradoxalement, la gare d’El Jadida fait aujourd’hui grise mine, ce qui n’est pas rassurant pour les responsables locaux de l’ONCF “On craint vraiment un retour à la case de départ, non que le service que nous offrons soit mal apprécié. Si nous accusons aujourd’hui un énorme déficit en matière de voyageurs, c’est surtout à cause de la liaison entre la gare et le centre ville. Il n’y a ni régularité ni ponctualité et encore moins de satisfaction dans le service censé assurer les bus affectés à cette tâche”.
En effet, peu de voyageurs se risquent aujourd’hui à emprunter la voie des rails à cause du transport urbain. Si d’un côté les bus affectés à ce service ne respectent ni horaires ni circuits, de leurs côtés les petits taxis affichent des prix exorbitants, bien loin d’encourager les derniers fidèles des rails d’El Jadida.
Côté municipalité, le problème est beaucoup plus compliqué et reste tributaire d’une refonte totale de tout le système des transports urbains. “C’est tout le transport urbain qui ne marche plus”, nous souligne Fayçal Kadiri, président du conseil municipal, et d’ajouter : “Nous allons bientôt réorganiser ce service qui nécessite un strict respect du cahier de charges mais demande aussi l’ouverture de l’espace des transports urbains à plus de concurrence”.
Mais en attendant ces vœux pieux, El Jadida peut-elle se risquer à perdre ce nouvel acquis, récupéré par la ferme volonté des uns et la prédisposition des autres?
En tout cas, la vingtaine de voyageurs qui restent fidèles à ce mode de transport sont loin de donner bonne mine à la gare ferroviaire d’ El Jadida qui manque lamentablement d’activités.
Côté citoyens, cette notion de train n’est pas encore bien intégrée dans les mœurs et les responsables ne font rien pour vulgariser ce mode de transport. “Comment voulez-vous qu’on s’habitue au train alors qu’il est à l’autre bout du monde et qu’il faut payer le taxi à 15 dh pour ce privilège”, nous confie-t-on, chaque fois que la question de la gare ferroviaire est posée. Pour d’autres, ce sont les responsables de l’ONCF qui n’ont pas su rentabiliser leur produit. “L’ONCF aurait dû ouvrir des bureaux dans le centre-ville et s’assurer ainsi que les bus sont disponibles pour les clients ayant pris leur ticket”.
Revendications que nous partageons, puisque ce serait là le meilleur moyen d’être auprès des citoyens, tout en redonnant confiance aux nombreux Jdidis qui ne demandent qu’à faire le baptême du train, mais dans de meilleures conditions.
Chahid Ahmed – Libération du 8 avril 2003